La motricité fine

Un élève qui écrit vite est un élève qui écrit mal.

Il y a certes des exceptions mais, les observations le confirment. Le « vite et bien » comporte en lui-même des éléments contradictoires pour des jeunes en apprentissage. Là encore, mettons les faits à l’épreuve. Combien de temps les jeunes élèves passent-ils à répéter leurs pleins et leurs déliés ? Et ce n’est pas la vulgarisation des claviers et l’avènement proche des tablettes qui amélioreront cet état. Mais en attendant que chaque élève puisse disposer de tout le matériel nécessaire, l’écriture demeure un outil incontournable.

Les observations montrent régulièrement des élèves écrivant vite pour se débarrasser de l’exercice, pour se ruer vers la fin de l’inconfort qu’écrire leur procure, ou pour rendre illisible leur travail, afin d’éviter ainsi la désapprobation du contenu. Mieux vaut passer pour quelqu’un de peu soigneux que pour quelqu’un d’incompétent.

Que les professeurs l’admettent ou non, qu’ils fassent l’effort de dissocier le contenu de la forme, la manière dont sont écrits les devoirs, les copies et les exercices influence leur évaluation de l’élève.

Allons même plus loin. La qualité de l’écriture influence la façon dont l’élève apprend. L’aptitude à écrire influence également l’attitude de l’élève face aux exercices. Reprenons le déroulement classique d’un cours de français : Un texte est lu ; des questions sont posées ; des réponses sont à écrire. A la simple idée d’avoir à formuler une phrase qui ne sera peut-être pas la bonne et qu’il faudra donc ou  effacer ou rayer, mais quoiqu’il en soit réécrire, presque un élève sur trois, constatations à l’appui, n’écrit rien ou presque. L’écriture est devenue si pénible pour certains d’entre eux que la notion d’apprentissage -tentative/erreur/nouvel essai/réussite- a totalement disparu parce qu’elle représente trop … de mots à écrire !

Et qu’on cesse de parler de fainéants ! Apprendre est un besoin vital, lorsqu’un élève compromet son accès aux ressources pour satisfaire ce besoin, c’est qu’il rencontre des difficultés d’un autre ordre qu’une hypothétique fainéantise ! Le besoin qui précède immédiatement le besoin d’apprendre est celui de la sécurité, physique et affective. Et sans la satisfaction du premier besoin pas de satisfaction possible du second.

Reprenons l’exercice en cours : il faut rectifier pour l’élève une mauvaise réponse ou une réponse incomplète (et cela est plus que normal, répétons-le, si les élèves réussissaient tous leurs exercices du premier coup, s’ils savaient tout, ils ne seraient pas en classe ! Nous aborderons par ailleurs les contenus), or que constatent les professeurs ? En dehors des élèves qui ont habilement manoeuvrés pour attendre la correction (et il faut être très intelligent pour réussir ce coup-là, contrairement à ce que l’on peut croire), combien d’élèves ont usé de la gomme qui arrache et noircit le papier, du fameux effaceur qui tranforme le papier en pâte ou mieux encore de l’écriture pattes de mouche entre deux lignes, dans une autre couleur, qui rend ce qu’il y a à retenir illisible ? Il existe également la version qui consiste à retoucher les mots déjà écrits en repassant par-dessus, en insérant des lettres manquantes dans des espaces inexistants, rendant là encore le tout difficilement exploitable.

L’élève retient mieux ce qui sollicite le plus ses différents sens, l’ouïe par la lecture à voix haute, le toucher par ce qu’il écrit, la vue par ce qu’il lit (interdisons définitivement les bonbons et les chewing-gum dans les établissements, ils nuisent aux apprentissages en sollicitant à perte les sens des élèves, il suffit de fermer les yeux pour réaliser combien on entend mieux !).

Les cours doivent prévoir pour les exercices des espaces réservés aux corrections et du temps pour le faire. Ne devrait-on pas généraliser par ailleurs l’usage du crayon à papier et de la gomme adéquate ? Comment font les pays qui utilisent ce procédé pour résister à l’industrie papetière ?

Et pour finir, revenons à nos jeunes apprentis scribes, en maternelle, qui découvrent l’usage du crayon. Combien d’élèves tiennent mal leur stylo ? Il y a des adaptations possibles, il faut en convenir. Mais il n’y a pas dix bonnes manières de tenir son crayon afin que celui-ci puisse être libre au bout de doigts sans crispation d’une main qui doit pouvoir glisser légèrement sur la feuille. Et il ne faut pas plus d’une semaine pour guider tous les soirs, dans la main d’un adulte, la main d’un enfant qui colorie avec ses premiers feutres !

Ajoutons encore ceci : le stress a pour effet de préparer le corps à la fuite. Dans ces conditions, le sang reflue des membres supérieurs vers les membres inférieurs, des mains et des bras donc, vers les jambes. La sensibilité des doigts s’en trouve amoindrie. Il n’est alors guère évident d’imprimer une gestuelle efficace dans des extrémités de membres mal irriguées. Ce serait comme lacer tous les jours ses chaussures avec les doigts systématiquement gelés.

Ou, pour dire mieux, lorsqu’un jeune enfant apprend à écrire, il faut absolument évacuer toute forme de tension, d’attente inconsidérée, d’impatience quelquonque, de stress. Et ce, tout en le guidant vers l’efficacité. L’adulte en charge de cet apprentissage doit comprendre les enjeux de cette étape. Si cette dernière est manquée, baclée ou simplement oubliée, les conséquences seront lourdes et un rattrapage de cette lacune sera, bien que possible, hypothétique. Et je dis hypothétique, car tandis que l’élève songerait à recouvrir d’éventuels manques, les cours (ainsi que tout le reste) poursuivent … leurs cours !

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