Des idées simples

S’il était aisé de donner des conseils, il serait aisé d’enseigner et donc de soutenir les élèves en difficulté. Ce n’est pas le cas. Les conseils sont généralement l’aboutissement, le résultat de l’analyse de celui qui observe. Or, celui qui demande conseil et celui qui le dispense ne sont pas toujours « connectés » ; à forciori lorsqu’un élève ne demande rien, les indications, les pistes ne sont pas toujours accueillies comme elles le devraient et les améliorations en sont d’autant retardées. C’est un cas de figure classique et presque normal dès lors qu’on fait appel au soutien.

Aussi, voici une liste d’idées simples qui est le fruit d’années d’observations, de recherches et d’expériences, mais également le résultat d’une volonté de rassembler objectivement une somme de savoir-faire éparpillés chez chacun des confrères et consoeurs, professeurs et spécialistes de la question avec lesquels il m’a été donné de travailler. Une liste où chacun ira puiser, s’il le souhaite et qu’il fera correspondre au besoin de l’instant.

Cette page est par vocation destinée à évoluer et à s’enrichir de semaine en semaine. Vous pourrez donc la consulter régulièrement et y apporter vos nombreux commentaires.

1. L’ordre des remarques et des félicitations.

Cela pourra sans doute vous paraître anodin, mais c’est loin de l’être. Féliciter et reprocher est tout à fait différent de reprocher et de féliciter ensuite. Dans le premier cas le sujet passe d’un signe de reconnaissance positif à un signe négatif. Ce qui, vous en conviendrez, est un parcours moins encourageant que l’ascension que représente l’inverse en terme d’estime de soi. Dans le premier cas, le sujet intériorise qu’il a pu faire bien mais que cela reste insuffisant et que des efforts restent à produire sans qu’une limite soit posée. Pour l’avoir observé à de nombreuses reprises, le procédé inverse est beaucoup plus structurant. En attirant d’abord l’attention de l’élève sur les points à améliorer, qui, soit dit en passant, s’ils doivent être formulés clairement, ne doivent pas être trop nombreux mais sélectionnés par ordre d’importance. Trop de reproches noieraient les priorités et porteraient au découragement. Ensuite, l’interlocuteur doit mettre l’accent sur les points positifs, sans être pour autant dithyrambique. D’une manière générale, il faut éviter les excès en la matière, d’un côté comme de l’autre. Les félicitations outrancières ont un impact qui peut être aussi dévastateur qu’une litanie de reproches insurmontables. Pourquoi ? Parce qu’elles peuvent être perçues comme un sommet qui surprend l’élève par son ampleur. Il n’espérait pas tant et panique à l’idée de reproduire les conditions qui ont générées cette avalanche de plaisirs inattendus. C’est la surprise qui pose ici le problème. Cette « première » sera toujours perçue comme le ressenti indépassable dont la quête peut vite porter, là encore, au découragement. « Comment faire pour revivre cette formidable expérience ? » Les efforts fantasmés pour y parvenir peuvent être considérés inconsciemment par l’élève comme « dangereux » pour sa « survie » psychique. « On ne traverse pas le désert en courant ! » Des félicitations doivent aussi avoir des limites franches, aisément identifiables et l’élève doit pouvoir se remémorer sans angoisse le parcours qui lui a permis de les atteindre.

Des remarques ciblées et constructives suivies de félicitations mesurées et encourageantes permettent à l’élève de quitter la séance avec un sentiment d’accomplissement et lui laissent entrevoir qu’il peut y revenir sans l’appréhension d’un univers sans limite (et donc source d’angoisses).

Le titre de ce blog prend ici toute sa dimension : Il faut Retrouver du Sens.

2. Eviter les surprises.

En effet, en la matière, la surprise est à proscrire, définitivement. Il est à déplorer que certains enseignants continuent d’infliger, et les mots sont pesés, des contrôles surprises ou toutes formes d’interrogations non planifiées. Ce sont des méthodes d’un autre âge. Le discours qui consiste à prétendre qu’il faut absolument que les élèves aient conscience qu’il faut apprendre au fur et à mesure, argument qui justifie à lui seul les interrogations surprises, est une des pires malhonnêtetées intellectuelles qui soient. Oui, les élèves doivent acquérir le sens de la régularité dans leurs apprentissages ! Mais non, dix fois non, il ne faut pas les menacer en permanence d’une interrogation qui est systématiquement vécue comme une sanction. Non, il ne faut pas de questions dont la réponse n’aurait pas été inscrite et abordée lors du cours, à moins d’être l’objet clairement expliqué d’un bonus de points (expérience réalisée et efficace pour les élèves demandeurs).

On ne peut pas se dresser contre les pressions que subissent les salariés lors des audits, des contrôles qualité et autres incertitudes qui émaillent la vie professionnelle (horaires, missions …) et ne pas s’insurger contre les « surprises » en matière scolaire. La définition de la surprise est assez claire : une surprise est une émotion majoritairement négative qui amène le sujet à faire le constat de son impréparation ou de son ignorance et le constat de son absence de réaction face à l’évènement. Si c’est deux conditions ne sont pas réunies, ce n’est pas une « véritable » surprise. Mais si elles sont réunies, elles sont clairement contre-pédagogiques ! Mettre un élève dans cet état d’inconfort et d’incertitude amène une crispation et donc du stress. (Voyez l’article sur ce sujet). D’autant plus que si chacun des enseignants procèdent de cette manière ( et la tentation est parfois grande, chaque enseignant défendant son « temps » d’étude et la « priorité d’intérêt » pour sa matière, chez ses élèves), la charge devient inenvisageable et permanente. Et n’ajoutons rien lorsque l’interrogation surprise est parfois brandie comme une menace pour obtenir le silence.

3. Eviter les menaces.

Il faut distinguer ici les différentes formes que peuvent prendre une menace. Il ne peut s’agir que d’un simple avertissement. Certes. Mais un avertissement qui se répète, un avertissement qu’on assène avec une certaine force doit être considéré comme une réelle menace. Il s’agit ici des phrases de type : « Si tu ne travailles pas (plus, mieux, dur …) tu ne pourras jamais, tu n’auras pas … » Ces mots anodins sont souvent prononcés avec la meilleure des intentions : mettre en garde l’élève, l’avertir, le préserver (!), le motiver. Le mot est lâché. Il n’est pas inutile de rappeler que la meilleure des motivations est celle qui s’alimente de l’intérieur, celle qui émane de l’élève lui-même. Par ailleurs, une menace peut prendre la forme d’une intimidation. C’en est même un des outils principaux. Sans s’étendre sur la sémantique, la timidité est teintée de crainte, de peur. Intimider revient alors à introduire chez l’autre ces désagréables sentiments. D’autre part, la mise en relief systématique d’un danger, d’un risque peut-être considérée comme une parole redondante menaçante. « Le monde du travail est un monde sans pitié. » « Personne ne te fera de cadeaux. » « Ne crois pas qu’on t’attende, que ça sera facile. » « La vie est cruelle pour ceux qui ne se donnent pas à fond. » « Il n’y a que les meilleurs qui s’en sortent. » Etc.Toutes ces phrases sont en quelque sorte des menaces déguisées. Elles sous-entendent : « Tu n’es pas armé pour affronter le monde extérieur. » Et plus implicitement : « Tu n’as guère de chance d’y arriver si tu ne deviens pas un autre que toi-même qui a besoin qu’on lui dise tout ! » Il faut avouer dans ces conditions que la seule motivation insidieusement distillée est celle de la … fuite ! « Pourquoi, si les chances sont infimes et si le monde qui m’attend est si cruel, irais-je risquer le moindre effort qui aura si peu de chance d’être couronné de succès ? » Voilà en substance ce que certains élèves se disent avec un certain sens des priorités. En effet, ne vaut-il pas mieux garder ses forces pour résister aux difficultés qui nous attendent, pour se mettre à l’abri, pour se protéger ?

La meilleure définition de la menace est donnée par A. Mucchielli : « La menace est une intimidation faite par un individu coincé dans un conflit qu’il sait qu’il va perdre. » Lorsqu’un professeur, un pair, un éducateur, un parent en vient à utiliser la menace, l’élève, l’enfant entend inconsciemment, « Trouve toi-même des raisons de faire ton devoir, je ne sais plus comment te montrer le chemin, je suis à cours d’argument, et le plus dommageable d’entre tous les messages : je ne suis pas si sûr que ça que tes efforts serviront à quelque chose ! » C’est un aveu d’impuissance angoissant pour l’élève. Quelle que soit la menace proférée, elle ne peut être plus intimidante que la perspective d’un avenir si sombre que même les efforts les plus intenses ne suffiront pas à le surmonter. Evitons les menaces, elles trahissent nos propres peurs, nos propres limites ! « Je te priverais de sortie si tu n’obtiens pas la moyenne ! » est une menace qui avoue un échec. De plus les menaces, les défis et autres chantages sont globalement des intimidations qui correspondent au schéma moteur fondamental de la mise à distance. Un élève ainsi mis à distance se sentira rejeté et réagira en conséquence par des comportements inadaptés (la liste est longue : blocages, fuites, victimisations …).

4. Ne pas tomber dans leurs pièges.

Voilà un méchant sous-entendu. Les élèves, les enfants, nos adolescents nous tendraient des pièges ?

Oui, mais ils ne le font pas volontairement. Ouf ! On peut dès lors ne pas leur en vouloir ! Mais on peut les aider en ne tombant pas dans le panneau. La frustration ainsi engendrée chez l’élève sera peut-être le meilleur soutien que vous puissiez lui apporter.

Il fait n’importe quoi. Il se trompe sur des questions évidentes. Il rate, recommence, raye de nouveau. Il n’écoute pas quel exercice est à faire, fait tomber sa trousse. Bref, il vous énerve, il cherche à ce que vous explosiez de colère. Stop ! C’est une tentative pour se faire rejeter, et ainsi vous faire endosser la responsabilité de l’échec. Rendez lui sa responsabilité. Les parents culpabilisants exposent souvent trop ouvertement leur responsabilité, leur angoisse donc, quant à la réussite de leurs enfants. (Sans doute dans un but d’auto-réparation, mais ce n’est pas le sujet, justement. Il faut savoir lâcher ses croyances pour ne s’investir que dans le temps présent.) Les parents ne sont pas en cours, ils n’entendent pas les consignes, ne copient aucune leçon. Ils doivent mettre en place les bonnes conditions d’une étude efficace, pas se substituer ! Rendez leur responsabilité à vos enfants dans ce qui arrive et oubliez ce qui ne va pas un instant pour communiquer sur ce qui fonctionne bien.

Il convoque les absents à son secours. L’élève vous explique que chez untel, il ya un grand frère en licence de Lettres qui a dit de faire autrement. Il argumente que vous n’avez pas le même discours que le professeur. Il explique même qu’il préfère la méthode de ce professeur-ci plutôt que de ce professeur-là. Il va même jusqu’à vous expliquer que vous ne dites pas la même chose d’une fois sur l’autre. C’est le même élève qui révèle à l’un ce que d’autres ont dit sur ce même élève. Attention ! C’est ce qu’Eric Berne, le fondateur de l’analyse transactionnelle appelle la méthode : Battez-vous ! En agissant ainsi, l’élève détourne de lui-même le conflit. Il peut y avoir plusieurs raisons à cela : il peut ainsi évacuer une grande frustration par rapport à de trop grandes attentes, il peut aussi avoir compris qu’en opposant des référents, parents, professeurs, on s’intéresse à lui … Il peut aussi provoquer les débats car il a compris que dans une controverse se dit des choses inquiétantes, peut-être des vérités … ce qui est rarement le cas hors des discussions sereines et constructives.

Son discours est alarmiste, puis résigné … « Tout cela ne sert à rien …, j’en ai rien à faire … j’en sais rien … » Ce langage a de quoi désarçonner les parents les plus attentifs. Ils vont s’inquiéter : le but est atteint ! Les parents les plus actifs vont multiplier les initiatives pour remédier à cet état presque … dépressif. Il arrive même parfois que l’élève en vient à se faire séducteur à vos dépens : « Heureusement que vous êtes là, vous, vous me comprenez au moins. Ce n’est pas comme les professeurs. » ou l’inverse. C’est sans compter également sur les divergences, notables ou subtiles, qui apparaissent entre les parents lorsqu’ils rencontrent ce genre d’attitude chez leur enfant. Plus vous hésiterez quant aux méthodes à adopter, plus vous discuterez, débattrez des causes et des remèdes … plus vous ferez le jeu de l’élève indécis en hésitant à sa place ! Une fois encore : mettez à sa disposition les moyens qui sont les vôtres, sans culpabiliser de ne pouvoir faire plus, et laissez-le se débrouiller ! Les adolescents sont d’une sensibilité qui dépasse de loin ce dont nous nous souvenons lorsque nous l’étions, nous aussi. Certains élèves sentent de manière incroyable la moindre parcelle de doute chez leurs parents. Et ils s’en servent comme d’un levier pour se déresponsabiliser. Nombre de parents se veulent dans l’idéal : bons, généreux, altruistes, équilibrés, forts, protecteurs … Voici une bonne nouvelle : c’est I.M.P.O.S.S.I.B.L.E. Cela ne peut l’être que partiellement, imparfaitement et, de plus, ce n’est surtout pas souhaitable parce que c’est surréaliste et inutile. Mais si c’est là votre objectif inconscient : rassurez-vous, c’est le cas de l’immense majorité des parents que nous sommes tous. Il est à noter d’ailleurs qu’il était plus aisé d’atteindre cet objectif lorsque les enfants étaient petits : nous les avons habitués à l’idée que nous avions réponse à tout. Votre adolescent saura vous le rappeler.

Pour finir ce chapitre inépuisable des « pièges » (vous aurez compris que ce terme est impropre, il s’agit plutôt de messages indirects, inconscients)  que tendent souvent les élèves en difficulté scolaire, voici la conclusion d’une étude de cas extraite du livre de J. Salomé et S. Galland, conclusion mise en exergue au chapitre onze, rubrique : Recadrer les évènement et les sentiments. « Cet enfant s’arrange pour que les foudres tombent sur lui afin d’éviter que ses parents ne se disputent. Il sait bien comment maintes discussions ont tourné. Il se sacrifie pour maintenir une harmonie entre eux. »  Dans ce même ouvrage, il est dit que devenir adulte revient peut-être à cesser de vouloir devenir les parents parfaits que nous aurions aimé avoir …

A suivre …

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